Pim

Nous vous proposons aujourd’hui de découvrir la nouvelle série photographique de Rémi Chapeaublanc, parti arpenter le Laos en quête de clichés. Voyageur, motard, passionné et amoureux de la photo, il a bien voulu répondre à quelques questions pour Wandererz et nous présenter ce nouveau projet.

Ca fait longtemps que tu vadrouilles (pour la photo ou non), parle-nous un peu de tes différents voyages

Ca fait environ 6 ans que je voyage, en solitaire ou à deux, et c’est toujours aussi passionnant. J’ai commencé par le Népal, un projet en solitaire assez osé où je suis parti avec un sac à dos de 25 kg pendant 3 mois en haute montagne. Je n’avais aucune connaissance de la haute montagne, ni aucune préparation physique. Ce voyage a été un véritable déclic psychologique : d’une je découvrais que j’étais capable de chose dont personne (ni même moi) n’aurait jamais imaginé, et de deux qu’on peut tout réussir si on y met suffisamment de temps et d’énergie.

Ensuite j’ai passé mon permis moto et je suis parti jusqu’en Mongolie, encore une fois en solitaire, passant 4 mois à travers l’Europe et l’Asie. Ces voyages en ont incité de nouveaux, mais surtout ils m’ont permis de créer des projets photos non prémédités. Ce que je veux dire par là, c’est que le point commun des séries photos issues de mes voyages, est qu’elles ont été réalisée instinctivement, sans avoir prévu que j’allais me pencher sur tel ou tel sujet. Elles sont le fruit de mes découvertes et réflexions in situ.

Mainoua, 10, Khmong

Comment t’es venue l’idée de partir au Laos ? Pourquoi le Laos d’ailleurs ?

L’idée de partir au Laos vient de la conjoncture de deux éléments. Lors de mes précédents voyages, j’aimais beaucoup demander aux voyageurs aguerris que je rencontrais le pays qui leur avait le plus plu. Le Laos était ressorti à plusieurs reprises. En parallèle, ma copine Maria avait voyagé en solitaire en Asie du sud-est l’année dernière, et avait très envie de retourner au Laos, qui pour elle était le pays le plus intéressant et accueillant de cette région. Nous avons donc décidé de tenter notre premier voyage en couple au Laos, une découverte pour moi et des retrouvailles pour elle.

Quel était l’objectif de ce voyage ?

Ce voyage n’avait pas vraiment d’objectif, du moins au début. Nous voulions juste nous faire plaisir et passer du temps à découvrir un pays. Mais très vite l’envie de produire une nouvelle série photo s’est fait ressentir, et là un défi intéressant m’est apparu.

Mala, 23, Khmong

L’un de mes partenaires – Profoto (leader mondial de l’éclairage photo) – m’avait proposé de tester le dernier né des flashs autonomes sur batterie. Lors d’un briefing sur le matériel, l’un des responsables de la marque me dit “On adore tes portraits sur fond noir, ils sont magnifiques. Mais ce serait très intéressant d’y intégrer aussi l’environnement”. Cette phrase n’avait aucun sens, c’était contradictoire de vouloir garder ce fond noir, tout en y laissant apparaitre l’environnement. Une semaine passant, je me suis demandé si ce n’était pas là le défi le plus intéressant que j’avais eu à relever depuis longtemps. Comment intégrer l’environnement des gens, tout en gardant ma technique de portrait sur fond noir ?

Justement, puisqu’on parle du materiel, quels choix et concessions as-tu fait ?

A chaque voyage, le choix du matériel est primordial. Il faut réussir à trouver le juste milieu entre suffisamment peu de matériel pour rester mobile, tout en ayant le matériel suffisant et adéquate pour faire face aux sujets qui se présenteront à moi. Mais comme les flashs Profoto prennent déjà une bonne partie de mon sac, il fallut faire des choix encore plus drastiques sur l’appareil photo. J’ai donc choisi de ne partir qu’avec le système B2 de Profoto et le boitier Sony RX1 qui est le seul compact à capteur plein format qui exist(ait) sur le marché. Ce boitier compact est équipé d’un unique objectif de 35mm f/2, soit quelque chose d’à la fois restrictif (pas de zoom), mais extrêmement polyvalent (focale équivalent à la vision humaine).

Jaso

On avait découvert ta série de portraits « Gods and Beasts » en Mongolie. As-tu suivi la même démarche sur cette série ?

Pour ma précédent série “Gods & Beasts” j’avais décidé de me concentrer sur le rapport homme/animal, qui est très particulier – presque viscéral et nécessaire – en Mongolie. Pour cette série « Lao sur la Montagne », je n’avais pas d’aprioris et envisageais la possibilité de continuer cette problématique. Mais ce qui m’a frappé en arrivant dans ce pays, c’est la diversité culturelle et ethnique. C’est quelque chose que j’ai trouvé particulièrement marqué dans leurs habitations, ce sur quoi j’ai décidé d’orienter ce travail : le lien entre les ethnies et leurs maisons.

Quels ont été les échanges avec les personnes photographiées ? Ont-ils été facile à convaincre ? Quel rapport ont-ils à la photographie ?

Je ne parle pas Lao, et eux pour la plupart ne parlent pas anglais. Cela fait que les échangent étaient assez simple, la plupart du temps par dessins ou par mimes. C’est amplement suffisant pour pouvoir faire des photos des gens et passer un petit moment de vie avec eux. La plupart des gens étaient très fiers de pouvoir être photographiés, j’ai l’impression que c’était vécu comme un honneur. En tout cas je n’ai essuyé que de très rare refus, que j’ai évidemment accepté sans insister.

Ai, 28, Khmong

As-tu donné des instructions pour ces portraits ? ou leur laissais-tu une liberté totale ?

Je ne travaille pas avec de la direction de modèle, car je ne suis pas dans un exercice de mode à vouloir valoriser mon sujet. Je préfères recevoir ce que la personne est prête à me donner. Qu’elle soit triste, fière ou timide, je m’en accommode et la photographie est telle qu’elle est. Il est arrivé que je dirige très légèrement quelqu’un pour des soucis de lumière, par exemple pour leur demander de relever légèrement le visage, pour que l’effet graphique soit là, mais rien de plus.

As-tu perçu une part de la culture lao à travers ce travail ? 

Je ne prétendrais jamais connaitre la culture lao, surtout au vu du nombre d’ethnies différentes qu’il s’y trouve ! (ndlr : on compte environ 80 ethnies au Laos) Mais j’espère avoir pu en capter quelques bribes. Connaitre un peu de leurs habitudes, leur nourriture quotidienne, leur façon de vivre, cela me suffit amplement. Bien que mon travail photo ai pu être comparé à certains moments à un travail ethnologique, je ne me considère pas du tout comme ethnologue, et me satisfait uniquement de ce que les gens veulent bien me montrer d’eux.

Pa Li, 62, Thai Lao

Où pourra-t-on voir ces clichés « en vrai » ?

Pour le moment il n’y a pas d’exposition prévu « en vrai », bien que certains clichés ont été exposés au Salon de la Photo 2015. Mais si une exposition venait à voir le jour, vous serez les premier invités ! Pour le moment les photos mèneront leur petite vie numérique dans les méandres d’internet, tout comme j’ai pu crapahuter dans la montagne, pour aller les chercher dans les méandre de la jungle Lao.

Na Piu, 58, Aka

Losen, Khacha, Lasa, (4), Lahu

Sip Ha, 53, Thai Lao

Bonus : la vidéo / making of de cette série photo Lao sur la montagne